Macadam's Blog . Constance

28 avril 2009

Parfaite et froide …

Classé dans : Uncategorized — Constance @ 11:13

dsc_1237


Sa paupière droite tressautait d’un agacement incontrôlable Il avait choisi cette salle de restaurant au design sobre et élégant sans âge ni caractère. La femme assise en face de lui était impeccable, comme toujours. On leur servait à peine la fine chair de crabe sur un lit de salade enrobée d’un parfum de vinaigre à la framboise, que déjà, il regrettait d’être là.

Le nez dans son assiette, il se disait qu’il l’avait pourtant connue, le corps généreux et souple, rieuse et douce …

Ils comblaient le vide en passant en revue le bulletin de santé de tous leurs amis, ils s’attardaient sur les moindres détails, faisaient des commentaires reculant le moment où le sujet serait épuisé.

La verdure, comme herbes sauvages, était fraîche et croquante, d’une amertume légèrement poivrée qui contrastait avec le crustacé aux saveurs subtiles.

Ils s’étaient mariés très jeunes, le bébé s’annonçait déjà. Il y pensait tout en l’écoutant parler de la dernière maladie de Françoise.

Il se rappel encore le soir de la naissance de Mélodie et la première fois qu’il l’a prise dans ses bras… Mélodie … Son ange, sa toute petite, son amour.

Les cailles farcies aux épinards et au foi gras étaient succulentes, mais il n’avait déjà plus faim. Il mangeait d’un air gourmand pour se donner une contenance.

Mélodie était devenue le centre de leur vie. Ils la regardaient grandir comme étonnés de sa beauté, de sa finesse et de son intelligence.

La farce avait refroidie et le vin s’était tempéré. Ce repas n’en finissait pas, il lui tardait de rejoindre leur appartement, de reprendre son journal en silence pendant qu’elle irait se coucher.

C’est peut-être bien quand Mélodie est née que tout c’est détraqué. C’est peut-être bien à cette époque qu’elle déploya toute sa rigueur et sa froideur … Cette froideur que tous prenaient pour de la vertu. 30 ans après, il ne savait toujours pas démêler cet enchevêtrement qui l’avait piégé. Parfaite … Elle était parfaite … froide et parfaite …

Les fromages arrivaient à point, il recommanda une bouteille de bordeaux. Depuis longtemps déjà, il avait pris l’habitude de manger sans faim. Sans fin. Depuis longtemps déjà, le plaisir du corps ne passait plus que par là. Il avait commencé par devenir fort, puis lourd et enfin gros. Son corps disait toute l’abstinence et la privation des mal-aimés, des pas aimés.

Très vite, elle avait pris l’habitude de le laisser faire, comme indifférente, toute occupée d’elle, convaincue d’être la victime incomprise d’un homme avide de conquêtes féminines. C’est vrai qu’elle était irréprochable. Elle menait sa vie, en ligne droite, d’une main ferme qui avait oublié les caresses.

Les îles flottantes étaient juste douces et tendres, il en prit 3 fois. Le sucre lui faisait du bien. La conversation avait pris un tour plus ennuyeux encore. Elle parlait de ses collègues et de leurs enfants. Il s’attarda un instant sur son allure de femme sans âge. Le chemisier sage, les cheveux courts et soignés, coiffés depuis des années de la même façon.

Toujours, elle lui avait tendu un miroir compatissant de supériorité. Il y voyait cet homme faible qu’il n’aimait pas. Cet homme qui avait honte de ses envies. Envies de la douceur chaude des cuisses d’une femme, de hanches pleines, de ventre tendu. Envies de bouches gourmandes, de mains curieuses. Envies de sexe et de tendresse, de peau à peau et du parfum des nuits d’amour.

Le silence avait repris sa place, lourd et inconfortable. Il ne se demandait même pas à quoi elle pouvait bien penser, il avait envie de rentrer chez eux, retrouver son fauteuil et son journal écran total.

L’addition arrivait. Quelques pas encore jusqu’au parking. Machinalement il dit « on devrait faire ça plus souvent », pour dire encore quelque chose. Elle répondit « Oui, c’était bien, n’est-ce pas »

6 commentaires »

  1. La photo va parfaitement bien avec le texte. Quand le vernis se craquelle et laisse apparaitre en dessous d’autres matériaux, moins nobles.
    L’heure des bilans n’est pas toujours le bilan des heures. Certaines marquent plus que d’autres, et on découvre parfois en face de soi de parfaits inconnus. Drôle de texte, Constance, c’est sans doute à cause de ça qu’on a peur de vieillir …
    Pourtant, vieillir, ce peut être aussi autre chose, du moins je le crois.
    Du moins, je l’espère.

    Comment par Archie — 28 avril 2009 @ 12:53

  2. Très étrange le rythme de ton récit, cette alternance de nourriture qui donne l’eau à la bouche et de souvenirs introspectifs qui coupent l’appétit.
    Une sorte de chaud et froid…
    Ecris encore !

    Comment par — 28 avril 2009 @ 14:54

  3. Le diner au restaurant, pour moi c est une corvée, c est tres souvent moins bon que les petits plats de ma chére Épouse, et il faut vraiment payer trés cher pour bien manger, de plus on ne peut pas fumer, pas boire parceque je roule, et la consolation c est la note que je ne peux méme pas inclure dans les frais généraux car je suis un salarié. Ton texte est superbe de vérité, les descriptions , les attitudes des acteurs tout cela est présenté dans une atmosphére tellement réelle.
    Bonne Soirée Latil

    Comment par Latil — 28 avril 2009 @ 23:28

  4. c’est l’histoire de la mère nourricière qui n’est pas la femme, et c’est bien écrit

    Comment par truc — 29 avril 2009 @ 08:25

  5. Ton regard féminin sur “la femme” est émouvant de sincérité.
    Je t’embrasse.

    Comment par lidia — 29 avril 2009 @ 11:10

  6. C’est vrai , comme Archie, une belle adéquation entre la photo et le texte …

    Bises Constance.
    Hélèna

    Comment par helenablue — 30 avril 2009 @ 00:00


Flux RSS des commentaires de cet article. URI de Trackback

Laisser un commentaire

Publié sur WordPress.